lundi 1 janvier 2001

RÉSUMÉ 83/4/4

HOHL (Thierry), Pernand-Vergelesses : un village socialiste ?


« La moralité publique a des degrés : Camuzet les a tous descendus. C’est un amoral, un insexué politique déshonorant le régime parlementaire[1]. »

La violence du propose ne saurait surprendre en un temps où l’invective fleurissait dans le champ politique. Pour autant, ce langage étonne chez un militant socialiste futur maire de la commune, alors conseiller municipal de Pernand-Vergelesses.  Il dénote la distance entre des représentants de la commune et le député de la circonscription, pose la question de son origine dans un territoire politique compris comme modéré et républicain. En 1929, un bulletin à en-tête de la SFIO illustre la présentation d’une liste socialiste aux élections municipales[2].  Le fait est rare dans les communes rurales et témoigne d’une politisation inédite d’un scrutin local dans un village qui compte à ce moment là moins de 100 électeurs. Intrigante, cette découverte pose plusieurs questions : comment se fait-il que des habitants d’une commune rurale, viticole choisissent la marque du socialisme pour se présenter devant leurs concitoyens ? Cela résulte t-il d’une conversion de leur part à l’idéologie socialiste, la transformation d’une culture politique auparavant républicaine ? Quelle est la part des contextes locaux, nationaux dans cette revendication ? Autant de questions qui se résument dans une interrogation sur les modalités de la politisation dans les villages au temps de la 3ème République, sur la manière dont la politique traduit des rapports sociaux, territoriaux, culturels. Dans ce cadre d’une « communalisation de l’histoire politique », l’enjeu est d’interroger la manière dont les habitants de Pernand-Vergelesses investissent le vote socialiste, pour se faire représenter, pour s’inscrire dans des systèmes politiques, nationaux et locaux.


[1] « Camuzet, renégat et transfuge », Socialiste Côte d’orien, 17 mars 1928
[2] 3M834, Archives de la Côte-d’Or (dorénavant ADCO)