samedi 4 septembre 2010

RESUME 82/1-2/05

LECOUTRE (Matthieu), Ivresse, justice et société : les débits de boissons à Auxonne au XVIIIe siècle.

Cet article est fondé sur l’analyse de 2716 affaires criminelles traitées par la police de la petite ville bourguignonne d’Auxonne de 1701 à 1789. Malgré des normes juridiques théoriquement sévères, la répression directe contre l’ivresse est inexistante à Auxonne. La répression indirecte contre l’ivresse (par le biais de la surveillance des débits de boissons) est quant à elle rare, arbitraire et concerne davantage les cabaretiers que les buveurs. Les débits de boissons d’Auxonne sont au cœur d’un décalage entre la norme juridique et la pratique judiciaire. La « culture de l’enivrement » de la population est souvent plus forte que la volonté d’encadrer les excès. Si l’enivrement est condamnable religieusement ou moralement, il est une norme sociale parmi d’autres pour la plupart des Français. S’il est parfois un facteur de désordres dans la société, il est surtout un geste de sociabilité et un moyen d’augmenter les recettes municipales par le biais des octrois sur le vin.

This article is based on analysis of 2,716 criminal cases handled by the police in the small town of Auxonne, in Burgundy, from 1701 to 1789. Despite of theoretically severe legal norms, direct repression against drunkenness is nonexistent in Auxonne. Indirect repression against drunkenness (through the surveillance of public houses) is itself unusual, arbitrary and more against the owners than the drinkers. The public houses are in the heart of a gap between the legal norm and the judicial practice. The "culture of inebriation" of the population is often stronger than the will to regulate the excesses. If the inebriation is religiously or morally reprehensible, it is a social norm, among many, for most of the French. While it is sometimes a factor of disorder in society, it is mainly a gesture of sociability and a means of increasing municipal revenues through town dues on wine.